IA générative : les risques juridiques à connaître
Utiliser l'IA générative expose à 4 risques juridiques : droit d'auteur, données personnelles, confidentialité et responsabilité. Les repères et bons réflexes.
L’utilisation de l’IA générative en entreprise expose principalement à quatre risques juridiques : le droit d’auteur (sur ce que vous fournissez à l’outil et sur ce qu’il produit), la protection des données personnelles (RGPD), la confidentialité des informations de l’entreprise et de ses clients, et la responsabilité en cas de contenu faux ou préjudiciable. Ces risques se maîtrisent avec des règles internes simples, des outils adaptés et une relecture humaine systématique.
Cet article donne des repères généraux pour dirigeants de TPE et PME. Il ne remplace pas l’avis d’un avocat ou de votre délégué à la protection des données sur une situation précise.
Les contenus produits par une IA sont-ils protégés par le droit d’auteur ?
En droit français, une œuvre est protégée si elle est originale, c’est-à-dire si elle porte l’empreinte de la personnalité de son auteur. Cette notion suppose une intervention humaine créative. Un texte ou une image générés par une IA avec une simple consigne courte risquent donc de ne bénéficier d’aucune protection, ou d’une protection incertaine. La question fait encore débat et la jurisprudence se construit.
Conséquences pratiques :
- un logo ou un slogan produit entièrement par une IA peut être difficile à défendre face à un concurrent qui l’imiterait ;
- plus votre travail de sélection, de modification et d’assemblage est important, plus vous renforcez votre position ;
- pour les éléments stratégiques (marque, identité visuelle), un travail humain documenté et un dépôt adapté restent préférables.
Le risque inverse : reproduire l’œuvre d’un autre
Une IA peut produire un texte, une image ou un morceau de code très proche d’une œuvre existante. Si vous le publiez, c’est votre entreprise qui s’expose à une action en contrefaçon. Évitez de demander un contenu « à la manière de » un auteur, un artiste ou une marque identifiés, et vérifiez les contenus sensibles avec un outil de détection de similarité quand c’est possible.
Et ce que vous donnez à l’IA ?
Copier dans un outil d’IA un article, un rapport payant ou une photo dont vous n’avez pas les droits peut aussi poser problème, surtout si le résultat est ensuite diffusé. Lisez les conditions d’utilisation de l’outil : elles précisent qui détient les droits sur les résultats et comment vos contenus sont utilisés.
Quelles règles RGPD s’appliquent à l’IA générative ?
Dès qu’une consigne contient des données personnelles (nom d’un client, e-mail, CV, dossier salarié), le RGPD s’applique. L’entreprise qui utilise l’outil reste responsable du traitement. Les points à vérifier :
- La base légale : avez-vous le droit d’utiliser ces données pour cette finalité ?
- La minimisation : n’envoyez que ce qui est nécessaire. Un résumé de réunion n’a pas besoin des numéros de téléphone.
- Le contrat avec l’éditeur : l’éditeur de l’outil agit en général comme sous-traitant et doit proposer un accord de traitement des données.
- Les transferts hors Union européenne : vérifiez où les données sont hébergées et sur quel fondement elles sont transférées.
- L’information des personnes : votre politique de confidentialité doit mentionner ces usages lorsqu’ils concernent vos clients ou salariés.
- Les données sensibles (santé, opinions, données financières détaillées) demandent des précautions renforcées. Dans le doute, ne les mettez pas dans un outil d’IA.
La CNIL publie des recommandations sur l’IA qui constituent une bonne base de travail. Les versions gratuites et grand public des outils sont généralement à proscrire pour des données personnelles, car leurs conditions peuvent autoriser la réutilisation des contenus.
Comment protéger la confidentialité et le secret des affaires ?
Au-delà des données personnelles, vos informations stratégiques méritent la même vigilance : tarifs, marges, contrats, code source, projets en cours, données transmises par un client sous accord de confidentialité. Coller un contrat client dans un outil non maîtrisé peut constituer une violation de vos engagements contractuels.
- Privilégiez les offres professionnelles qui excluent l’usage de vos données pour l’entraînement des modèles.
- Anonymisez ou pseudonymisez les documents avant de les soumettre.
- Relisez vos contrats clients : certains encadrent ou interdisent le recours à des outils tiers.
- Pour les professions soumises au secret professionnel, vérifiez les règles de votre ordre avant tout usage.
Qui est responsable si l’IA se trompe ?
Les IA génératives peuvent produire des informations fausses présentées avec assurance. Vis-à-vis de vos clients, c’est votre entreprise qui répond de ce qu’elle publie ou envoie, pas l’outil. Quelques situations à risque :
| Situation | Risque | Bon réflexe |
|---|---|---|
| Un assistant en ligne annonce un prix ou une condition erronés | Litige commercial, pratique trompeuse | Limiter l’assistant à une base validée, afficher les conditions officielles |
| Un article de blog contient une affirmation fausse sur un concurrent | Dénigrement, diffamation | Relecture humaine et vérification des sources |
| Un conseil technique erroné est envoyé à un client | Responsabilité contractuelle | Validation par la personne compétente |
| Une image représente une personne réelle sans accord | Atteinte au droit à l’image | Ne jamais générer de visuel d’une personne identifiable sans autorisation |
La règle la plus protectrice reste simple : aucun contenu produit par une IA ne part vers l’extérieur sans relecture par une personne qui en assume le contenu.
Former vos dirigeants aux bons usages de l’IA
Notre atelier IA pour dirigeants (690 € HT) couvre les usages utiles, les risques à surveiller et les règles internes à poser pour utiliser l’IA sereinement.
Que prévoit le règlement européen sur l’IA ?
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, souvent appelé AI Act, est entré en vigueur en août 2024 avec une application progressive. Certaines pratiques jugées inacceptables sont interdites depuis février 2025. Le texte prévoit aussi que les entreprises qui utilisent des systèmes d’IA prennent des mesures pour que leur personnel dispose d’un niveau suffisant de maîtrise de ces outils. D’autres obligations, notamment de transparence (par exemple informer une personne qu’elle échange avec une IA ou signaler certains contenus générés), sont prévues selon un calendrier échelonné, et des ajustements de ce calendrier ont été discutés au niveau européen.
Pour la plupart des TPE et PME qui utilisent des assistants de rédaction ou de synthèse, les obligations restent limitées. Les usages sensibles (recrutement, évaluation de salariés, octroi de crédit) relèvent en revanche de catégories plus encadrées. Suivez les publications officielles et faites vérifier votre cas si vous êtes concerné.
Les 6 bons réflexes pour limiter les risques
- Dresser la liste des outils d’IA autorisés dans l’entreprise.
- Définir les données qui ne doivent jamais être saisies dans un outil d’IA.
- Utiliser des comptes professionnels, pas des comptes personnels gratuits.
- Imposer une relecture humaine avant toute diffusion externe.
- Former les équipes aux limites de l’IA et à la rédaction de consignes. Notre méthode pour écrire des prompts efficaces en équipe est un bon point de départ.
- Documenter les usages et les revoir régulièrement, avec votre conseil juridique si nécessaire.
Ces règles s’appliquent aussi aux usages orientés clients, comme ceux décrits dans notre article sur l’IA au service client d’une TPE. Pour les professions de santé, où les contraintes sont encore plus fortes, consultez notre guide sur l’IA et la communication des professionnels de santé libéraux.
Questions fréquentes
Puis-je utiliser commercialement un texte écrit par ChatGPT ?
Les conditions des principaux outils autorisent en général l’usage commercial des résultats. En revanche, rien ne garantit que ce texte soit protégé par le droit d’auteur, ni qu’il ne ressemble pas à un contenu existant. Retravaillez-le et vérifiez-le avant publication.
Mes salariés peuvent-ils utiliser l’IA sans autorisation ?
Sans règle claire, beaucoup le font déjà avec des comptes personnels, ce qui crée des risques de fuite de données. Mieux vaut fixer un cadre écrit, fournir des outils professionnels et expliquer ce qui est permis.
Dois-je signaler qu’un contenu a été généré par IA ?
Le règlement européen prévoit des obligations de transparence pour certains cas, comme les échanges directs avec une IA ou certains contenus générés. Même hors obligation, indiquer qu’un assistant automatisé répond au client est une bonne pratique.
Faut-il consulter un avocat avant d’utiliser l’IA ?
Pas pour des usages courants de rédaction et de synthèse, à condition de respecter les règles de base. Pour un usage touchant au recrutement, à des données sensibles ou à un produit vendu à vos clients, un avis juridique est recommandé.


